mardi 11 janvier 2011

Non seulement je ne suis pas modéré, mais j'essaierai de ne jamais l'être.

Nouvelle nuit à la Casa Colonial Elaine, et un autre réveil tôt le matin pour prendre le bus Viazul. Nous commençons à connaitre les prix des taxis jusqu'au terminal, nous négocions de plus en plus. Une fois dans le bus, trois longues heures de voyage. Un arrêt, d'abord, à Las Terrazas, petite ville charmante dans la forêt. Puis arrêt à Pinar del Rio, grande ville cubaine, à une demie-heure de Vinales. Après Pinar del Rio, la route se fait plus irrégulière: les lignes droites sont derrière nous, le bus prend des virages, et monte dans les collines. Enfin, se dévoile sous nos yeux la fameuse vallée de Vinales, classée UNESCO elle aussi. Nous apercevons les mogotes, ces grands talus de calcaire si atypiques qui font la célébrité de Vinales. Le bus arrive, et parmi la vingtaine de personnes qui nous accueillent à coup de publicités pour leurs casas particulares, nous tombons par hasard sur la voisine de nos futurs hôtes, Lucillo et Nirma. La gentille dame, comprenant qu'on ne vient pas pour elle, mais pour ses voisins, nous fait l'honneur de nous accompagner jusqu'à la casa particular réservée à mon nom.

Lucillo (à droite), ancien instituteur, et Nirma (à gauche), ancienne professeur de biologie à l'université, nous accueillent avec un jus d'ananas fraîchement pressé. Leur fille (mince, j'ai oublié son nom!!) aménage les chambre pendant ce temps, et nous gratifie d'un joli sourire: normal, elle étudie la médecine dentaire! Nous croisons aussi Yunior, petit minet de 22 ans qui part l'après-midi pour La Havane: il est étudiant en médecine. Une famille d'intruits, donc, mais qui a préféré se lancer dans le business des casas particulares, et c'est une bonne initiative: l'affaire marche à fond! Les deux Anglais qui sortent de chez Lucillo nous vantent avec force hyperboles l'accueil de nos hôtes, et dans le livre d'or, ce ne sont qu'éloges et compliments dans toutes les langues. Autant dire que nous nous réjouissons par avance. Nirma mène la vie de maison, c'est elle qui parle anglais et tient les comptes. Lucillo, quant à lui, nous parle de ce qu'il y a à faire à Vinales, et nous propose des mojitos avant le souper du soir. Ravis, mais pressés de partir à la découverte de la vallée, nous quittons la casa et traversons la rue principale. Tourne à droite. Les mogotes au bout des rues, les chevaux à même la chaussée. Toujours le soleil. La mer n'est plus là, mais tout autour, c'est le vert qui triomphe dans les couleurs. Clichés.



Au détour d'un chemin, une femme, l'air de rien, ramasse des feuilles pour faire des médicaments. C'est du moins ce qu'elle nous raconte. De fil en aiguille, elle nous amène dans une grange en paille pour nous montrer comme les feuilles de tabac, la principale culture de la vallée, est sechée. Puis elle nous emmène dans sa maison, où une jeune femme tient dans les bras deux enfants. Nous nous asseyons, la dame nous fait essayer le cigare que l'on produit ici. Réflexe de la cigarette, chose à ne pas faire: avaler la fumée, mais crapoter, surtout quand on commence! Je m'étouffe, mais prends goût. Les filles aussi essayent, et nous nous promettons d'en acheter. Sitôt le cigare à moitié fini, la femme nous présente des éleveurs de chevaux qui, comme par magie, ont quatre chevaux prêts pour nous. Bon, depuis le départ, le coup de la feuille médicinale était un coup monté pour nous faire faire une balade à cheval. Mais nous acceptons: il est 16 heures, l'heure idéale pour entrevoir la vallée au soleil déclinant. Nous demandons une balade de deux heures, assez suffisant, nos fesses en seront témoins. Et en un tour de main, nous voilà tous les quatre juchés sur de pauvres bêtes, dominées par un Cubain aux allures de cow-boy et tombé amoureux de Catherine (être une jeune fille blonde française lui valut même le titre de "Princesse de Francia"). La balade est magnifique. Nous nous arrêtons au bout d'une heure dans une hutte où une autre femme nous prépare un jus de canne sous nos yeux: pression de la canne, le jus qui coule, mélange avec un pamplemousse. 100% pur frais! Nous reprenons la route sur nos bestiaux, enchantés et fébriles.




Le soir, après une douche bien méritée (chacun sentait pas mal le cheval!), nous nous asseyons sous le patio de la maison. Dans la cuisine, à côté, ça s'affaire: on entend une cuillère piler quelque chose. Deux minutes après, un Lucillo fier comme Artaban arrive, deux verres de mojitos à la main, suivie de Nirma, amenant les deux autres verres. Depuis notre arrivée à Cuba, nous ne comptons plus le nombre de mojitos, daiquiris, pina coladas bues. Mais ce soir, quelque chose se produit: chacun, unanime, avoue boire le meilleur mojito du monde. Catherine et moi-même en reprendrons même un deuxième pendant le repas. Le soir suivant, nous demanderons même à Lucillo d'assister à la préparation de son cocktail. Pour l'heure, nous savourons cette soirée, qui se continue avec un excellent repas (poulet, haricots et riz) préparé par Nirma, pour terminer tout cela dans un bar situé à côté de l'église du village.


Le lendemain, nous avons prévu une grande randonnée à travers la vallée de Vinales. Lever de bonne heure, afin de profiter au maximum de cette belle journée qui commence. En route, sac à dos rempli de gateaux et de bouteilles d'eau; nous avons en plus pris une serviette et notre maillot de bain. En effet, notre point d'arrivée est la Cueva del Palmerito, dans laquelle se trouve une piscine naturelle. Nous mourrons d'envie de nous baigner dans ce lieu improbable! Mais pour l'heure, nous nous mettons en chemin. Après quelques détours (nous n'avons presque pas de carte fiable de la vallée), nous voici sur un chemin qui nous emmène au beau milieu des mogotes. Ca chauffe fort, et le sol rouge laisse entrevoir des mirages. Tout autour, de la roche, des hauteurs vertes. Nous arrivons devant un arbre ressemblant étrangement à un baobab, au creux duquel nous trouvons des statuettes, donc celle d'un Christ décapité. Nous continuons, et rencontrons Luis, que nous avions vu la veille dans un bar. Il nous raconte (enfin, surtout à notre Eléonore, conquise!) qu'à un moment, les policiers sont venus le voir et l'ont emmené au poste pour y subir un long interrogatoire... Tout cela parce qu'il avait parlé à des étrangers! Malgré cet incident, Luis demande à nous revoir le soir-même (là toujours, il veut surtout revoir Eléonore!). Rendez-vous pris, à la Casa Cultural de Vinales, à 22 heures.




La promenade continue, nous passons par une autre hutte où un grand-père nous propose un jus de canne, comme la veille. Ca rafraichit pas mal! Nous lui donnons quelques pesos en échange de son breuvage, et demandons notre chemin pour la Cueva del Palmerito. A droite, à gauche, bla bla... Nous y sommes enfin! Il est 13 heures, et nous payons au signor de la cueva un droit de passage, pour visiter les 150 mètres de galeries souterraines. Dans le noir, notre guide et Aurélie sont les seuls à avoir une lampe-torche, et plusieurs fois, je rate les pierres et manque tomber. Ce qui serait dommage! Nous atteignons finalement le fameux bassin vanté dans notre Routard. A première vue, bien que ce soit un chouette coin, personne ne veut se baigner. Eléonore, aventurière dans l'âme (mais pas trop, hein!) lance l'idée. Je la suis, Aurélie et Catherine approuve l'idée. Nous coupons toutes les lumières, le temps de nous changer, puis nous nous enfonçons dans l'eau ultra-froide de la piscine naturelle. Nous avons pied et effectuons deux trois brasses, sous le regard amusé et bienveillant de notre signor, qui a allumé deux torches pour la baignade. Nous ne restons pas longtemps, il fait froid : le temps de quelques photos, et hop! Hors de l'eau!












Après nous être ravitaillés un brin au bord de l'eau, à la sortie de la grotte, nous entreprenons le chemin retour, en prévoyant un détour par une mogote. Nous avons le projet simple de toucher une de ces fameuses montagnes. Nous en trouvons une, facile d'accès. Arrivés au pied, impossible d'entreprendre une toute petite ascension: trop de végétation, et nous ne sommes pas préparés à cela. Nous touchons malgré la roche, très saillante et coupante, avant de nous en retourner sur notre petit chemin rouge, en direction du village de Vinales. Au passage, nous voyons des grimpeurs se mesurer aux falaises abruptes des mogotes. Activité théoriquement interdite par l'Etat, qui ferme plus les yeux qu'autre chose au final. Nous nous retournons une dernière fois et admirons la vallée de Vinales, joyau de verdure et de dénivelés. Après avoir parcouru une douzaine de kilomètres, en quelques heures nous voici dans le village.



Le soir, nous buvons notre dernier verre de mojito à la terrasse de la Casa Cultural de Vinales. Luis parle dans le creux de l'oreille d'Eléonore, tandis qu'Aurélie se fait cruiser par un vieux pervers. J'exécute quelques pas de salsa avec Catherine, puis vers sur la route pour regarder les étoiles. Je suis peut-être grisé par le rhum ingurgité ce soir-là, mais surtout heureux et en pleine osmose. 2011, c'est déjà depuis quelques jours, mais je repense rapidement à 2010: retour retrospectif, pour me rendre compte du chemin parcouru. Il y a un an, je remettais mon dossier aux RI pour un échange au Québec. Un an après, me voici ici, à Cuba; après un semestre rempli de succès et de rencontres magnifiques, de découvertes en tout genre, je me dis que plus rien ne pouvait m'attendre en France, pour le moment. Et finalement, j'ai bien fait de partir. Je me retourne vers le futur: ce qui m'attend cette année? Des voyages, c'est certain! Du travail, absolument! De nouvelles rencontres, mais surtout, qui sait, des réponses à des questions, des ouvertures, des barrières qui s'effondrent. Mon champs des possibles s'ouvre peu à peu, et je crois ressentir quelque chose qui semble bizarrement ressembler à de l'harmonie. Enfin.

Le lendemain matin, après un bon petit déjeuner, nous nous perdons en remerciements avec Lucillo et Nirma, qui nous gratifient de sourires sincères et de "bonne année" à tout va. Un peu tristes, nous quittons Vinales, et reprenons la route de La Havane. C'est notre dernier jour. Chacun a conscience que le lendemain, à la même heure, nous serons de retour dans notre Québec froid. Alors, on s'organise quelque chose de léger pour profiter de notre dernier après-midi en terre cubaine. Nous retournons manger aux Jardins de l'Orient, histoire de boucler la boucle. Puis nous vagabondons, à travers la vieille ville. Catherine traine sa valise, et nous portons nos sacs à dos avec peine et essouflement. Nous nous asseyons (couchons pour Aurélie) sur la Place de la Cathédrale pendant une heure, pour profiter de cet endroit magnifique qui m'avait tant impressionné le premier jour. Puis nous nous dirigeons une ultime fois vers le Malecòn, où la mer, de mauvaise humeur, vient frapper la promenade. Derniers instants de soleil face à l'eau, pour ensuite reprendre nos bagages et retourner Plaza Vieja, boire un dernier daiquiri, une dernière pina colada. 18h30, nous prenons un taxi pour l'aéroport. La suite, tout le monde la connait...

Montréal, le froid, la neige. Je me réfugie au Starbuck's, attendant mon lift pour Québec. Je commence à peine à réaliser que tout est fini, les vacances, mes attentes, mes plans. Point de chute non préparé. La rentrée. Car il faut bien rentrer! Et j'en ai envie. D'autant qu'à Québec, un petit coffre fait en acajou m'attend. Mais ça, je ne le sais pas encore... J'ai des amis à revoir, et pas qu'eux. Je regarde une dernière fois les photos, mon Venti Mokka à la main. Un très beau voyage.

Et de me répéter, dans ma tête, cette phrase du Che (mon nouveau maître à penser):

"SOYEZ REALISTES: DEMANDEZ L'IMPOSSIBLE."

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